Post-COVID Les espaces d’apprentissage

Prochaines étapes : espaces d’apprentissage post-COVID

Au plus fort de la pandémie, au printemps dernier, la COVID-19 a impacté près de 1,6 milliard d’apprenants dans 193 pays. Écoles, enseignants, étudiants et parents n’ont eu d’autre choix que d’adopter de nouvelles manières d’apprendre et d’enseigner. Cela s’est notamment traduit par un recours massif aux plateformes, processus et outils numériques existants. Mais pour beaucoup, cette incursion dans le monde de l’apprentissage et de l’enseignement à distance reste un voyage en terre inconnue, caractérisé par une courbe d’apprentissage en chute libre. Pour de trop nombreux étudiants un peu partout sur la planète, privés d’accès à l’infrastructure technologique de base (un ordinateur pourvu d’un accès Internet), cet épisode a marqué un arrêt brutal du cursus, avec des conséquences pour les prochaines années. Ces mêmes étudiants ont également été ébranlés par la fermeture des établissements, sur lesquels ils comptaient pour satisfaire des besoins aussi basiques que des repas, des soins de santé, un travail ou un hébergement.

Personne ne sait à quoi ressemblera le monde de l’éducation dans un monde post-COVID. Pour l’heure, les écoles tiennent le cap comme elles peuvent pour assurer l’année scolaire, s’efforçant de trouver le moyen le plus sûr d’assurer les cours. Mais la tâche est des plus ardues, chaque semaine semblant amener son lot de difficultés. À plus long terme, le coronavirus jette un éclairage cru sur les nouveaux modèles, approches et solutions qu’il est urgent de mettre en place.

Chez Steelcase, nous sommes fermement convaincus qu’une approche centrée sur l’humain est la meilleure base sur laquelle bâtir nos projets : nous cherchons à comprendre au plus près les besoins et les expériences des personnes avec qui nous travaillons et les contextes plus larges dans lesquels elles vivent, travaillent et apprennent. Au cours des mois écoulés, nous avons maintenu un lien étroit avec les étudiants, les enseignants et les écoles, restant curieux et à l’écoute de ce qu’ils vivaient lors de cette navigation en eaux troubles. Nous vous résumons ci-après quelques-uns des enseignements que nous en avons tirés, qui impacteront l’éducation à court comme à long terme.

En mai, nous avons pris contact avec des étudiants et des enseignants pour mieux cerner leur passage aux cours à distance, et leur expérience sur les deux derniers mois.

Voici ce que nous avons appris.

Le degré de préparation des écoles influence l’expérience d’apprentissage et d’enseignement à distance.
Étudiants et enseignants rapportent des expériences très diverses, du simple e-mail au déploiement d’une myriade de moyens de communication, formations, ressources et supports. Les écoles alignées, ayant clairement défini la marche qu’elles allaient suivre et mis en place des canaux de communication ouverts et transparents, ont mieux vécu le distanciel. C’est aussi le cas là où l’on a fait en sorte d’assurer aux élèves un accès aux outils technologiques et de familiariser les enseignants avec les outils et les plateformes. De même, l’adaptation a été plus facile pour les écoles et les professeurs habitués à appliquer des pédagogies plus personnalisées, laissant davantage d’autonomie aux étudiants.

Le bien-être des étudiants et des professeurs est extrêmement important.
La grande majorité des étudiants et des enseignants ont vécu cette période comme un épisode difficile, déstabilisant et frustrant. Cela étant dit, lorsque les enseignants ont su faire preuve d’adaptabilité, d’accessibilité et d’empathie, l’expérience a été plus positive, pour les enseignants comme pour les étudiants.

Clarté, flexibilité et utilisation efficace d’outils numériques fiables : trois facteurs qui influencent grandement l’expérience des cours à distance.
Parmi les principaux facteurs de succès d’un enseignement en distanciel, on trouve une structure alliant clarté et flexibilité, assortie d’une communication soutenue entre les enseignants et les élèves. La qualité de l’expérience à distance dépend de l’efficacité de l’utilisation des outils et plateformes numériques.

L’espace physique est bien plus qu’un simple espace d’apprentissage.
Les enseignants et les élèves ont surtout regretté d’être séparés de leurs amis, collègues et camarades. Le fait d’être ensemble au même endroit, les liens et la communauté qui se forment en présence les uns des autres, l’énergie collective intangible mobilisée dans ces espaces, rien de tout cela n’a pu être recréé avec le distanciel. D’après les étudiants, le fait de se déplacer dans un espace extérieur au foyer joue également sur la motivation à apprendre. Par ailleurs, les étudiants comme les enseignants ont noté que l’ergonomie des supports et la diversité des configurations étaient bien meilleures sur le campus que chez eux.

Le meilleur des deux modèles

Virtuel

  • Exploration étendue et enrichie
  • Répétition et réflexion
  • Contrôle de l’espace et du rythme
  • Hub centralisant la communication et les ressources
  • Baisse des frais de livraison
Présentiel

  • Interactions physiques
  • Lien social
  • Indications non-verbales
  • Retours immédiats
  • Lien spontané
  • Énergie collective
  • Apprentissage concret
  • Expériences en dehors de la salle de classe

Les expériences d’apprentissage hybride axées sur des pédagogies centrées sur les étudiants sont mieux adaptées à l’avenir.
Maintenant que les enseignants et les étudiants ont expérimenté les deux modes d’enseignement, ils indiquent ne pas préférer l’un par rapport à l’autre, mais désirer un nouveau type d’enseignement hybride, alliant les avantages de l’enseignement en ligne à ceux des cours en présentiels, forgeant ainsi une expérience d’enseignement et d’apprentissage adaptée au XXIe siècle.

Nous avons pris un peu de recul pour obtenir une vision plus large de l’impact de la COVID-19 sur l’éducation. Nous avons ainsi pu cerner plusieurs grandes thématiques qui pourraient influer sur ce domaine à long terme.

De nouveaux modes d’enseignement et d’apprentissage

Plus que jamais, les écoles devront explorer de nouvelles manières d’intégrer la technologie à l’expérience d’apprentissage et d’enseignement. Il ne s’agit plus de se demander pourquoi le faire, mais comment et avec quels outils. Le besoin d’expériences pédagogiques immersives et concrètes, allié à la possibilité de partager et de collaborer virtuellement et en personne, parallèlement à un transfert d’informations effectué en ligne de manière plus exigeante et efficace orientent inéluctablement l’enseignement vers une forme hybride, mêlant enseignement à distance et en présentiel.

Le bien-être au centre

La question du bien-être occupait déjà une place croissante dans les préoccupations des écoles, mais la pandémie l’a projetée sur le devant de la scène. L’incertitude, l’isolement le caractère envahissant de la COVID-19 exacerbent encore les crises déjà observables de stress, d’anxiété, de problèmes de santé mentale, et soulignent le manque d’aptitudes des étudiants comme des enseignants pour s’en dépêtrer. Les établissements devront se rendre à l’évidence : ce n’est plus une question de choix mais une problématique à prendre impérativement en compte.

Mettre l’accent sur le développement et la mise en pratique de compétences

Les étudiants comme les enseignants ont été brusquement mis en situation de faire preuve d’un maximum d’adaptabilité, de résilience, de créativité et de capacité à résoudre les problèmes – autant de compétences qu’il importe de développer face à un avenir incertain. À l’heure où l’on insistait de plus en plus sur la nécessité de ces expériences à l’école, les événements auront peut-être permis d’accélérer le processus.

Réduire les inégalités

La pandémie a révélé bon nombre d’inégalités au sein du système éducatif, et notamment les fortes disparités en termes d’accès aux ressources et aux technologies influant directement sur la possibilité pour les étudiants de s’investir dans leurs cours. Ces problèmes et d’autres pourraient être abordés et traités de manière plus volontariste dans les écoles et les politiques publiques.

Des institutions anciennes sur la sellette

Dans le contexte économique actuel, les étudiants et leurs parents ont de plus en plus de difficultés à régler les frais de scolarité et ils analyseront plus que jamais le rapport qualité-prix d’un cursus. La pandémie amènera certains d’entre eux à clarifier les qualités qu’ils recherchent dans une école, amenant les établissements à reconsidérer leur proposition de valeur.

Émergence de partenariat

Les entreprises envisagent de nouvelles formes de partenariats avec les écoles afin de s’assurer qu’elles et les communautés dans lesquelles elles s’enracinent puissent trouver des talents formés, compétents et disponibles. De leur côté, les écoles recherchent le partenariat d’entreprises pour obtenir des financements supplémentaires, des solutions innovantes et des liens plus forts avec le monde du travail. La crise a mis en évidence les interdépendances entre ces différents secteurs. L’évolution la plus importante pourrait se produire au croisement de la terminale, de l’enseignement supérieur et de l’apprentissage professionnel.

Quelles conclusions en tirer pour cet automne ? Les écoles ont rouvert leurs portes pour le semestre d’automne, mais avec des changements importants et évidents dans l’organisation de l’année. Les modèles d’enseignement à distance et hybrides sont devenus la norme, tandis que les expériences sur le campus ont nécessité l’intensification des mesures d’hygiène et de santé, des effectifs de classes réduits, avec des étudiants placés à plus grande distance les uns des autres, l’aménagement d’espaces d’étude en plein air et des soutiens au bien-être. Pour accueillir ces classes réduites, les établissements imaginent de nouvelles manières d’utiliser des espaces plus vastes, comme des gymnases ou des cafétérias, instaurent des créneaux horaires et allongent la durée des journées où les cours ont lieu. Certains prévoient de terminer le semestre un petit peu plus tôt pour éviter le retour annoncé de la grippe et d’autres maladies hivernales. Mais notre époque est perpétuellement en mouvement. Tout y évolue rapidement et de nouvelles considérations, des événements inattendus, viennent perturber les projets des écoles, qui savent que les choses peuvent changer d’une semaine sur l’autre.

Autant de facteurs synonymes de transformations profondes pour notre environnement physique.

Dans notre guide « Prochaines étapes : espaces d’apprentissage post-COVID », nous exposons des stratégies d’adaptation de l’environnement permettant de créer des espaces d’apprentissage les plus sûrs possibles. Il contient des réflexions en matière de conception ainsi que des idées concrètes d’aménagements et des recommandations en matière de sécurité.

L’éducation vit une période charnière de son histoire. En nous efforçant d’obtenir une compréhension fine de ces expériences et en gardant notre regard tourné vers l’avenir de l’éducation, nous pourrons continuer à imaginer, réinventer et repenser des espaces d’apprentissage aidants et efficaces, adaptés au XXIe siècle et au-delà.

 

 

 

Aileen Strickland McGee est chercheuse en design senior, passionnée par la manière dont l’environnement bâti influence nos expériences. Elle est membre de l’équipe Steelcase dédiée aux espaces de travail du futur, qui plonge au fond des choses pour saisir dans toutes leurs nuances la manière dont les individus vivent, travaillent et étudient. L’équipe pose des questions fondamentales et explore des réponses concrètes, aidant ainsi Steelcase à visualiser les options possibles et à cerner les possibilités tangibles de la vie, du travail et de l’étude, au présent comme au futur. Au cours des dix dernières années, Aileen s’est consacrée à l’exploration de ces réponses complexes dans le domaine de l’éducation et des environnements éducatifs.

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