Technologie

Territoires inexplorés : les tendances du design en 2019

Espaces de travail : les trois évolutions du design pour 2019

D’une certaine manière, les individus ont imprimé leur marque sur tout ce qui compose notre planète. À présent, nous rebattons les cartes pour explorer de nouveaux horizons. Voilà qui donne matière à penser.

Autre sujet de réflexion : la transformation numérique. Les nouvelles technologies influencent notre façon d’interagir avec notre environnement, de travailler, de jouer et de vivre. De plus en plus performants et accessibles, ces outils sont aujourd’hui adoptés plus volontiers par les individus, ce qui modifie notre attitude à leur égard.

Ces phénomènes majeurs transforment rapidement notre travail et les espaces qui y sont consacrés. Pour 2019, l’équipe de 360 s’est entretenue avec deux collaboratrices de Steelcase,
Cherie Johnson, directrice Global design, et Julie Yonehara, Senior industrial designer. Toutes deux collaborent avec des équipes basées aux États-Unis, en Europe et en Asie pour comprendre la manière dont les évolutions mondiales influencent le design des espaces de travail. Les tendances qu’elles avaient évoquées pour 2018 se sont renforcées, et 2019 constituera une année charnière dans plusieurs domaines.

RÉAPPRENDRE L’EMPATHIE

L’accès illimité à l’information dans un monde chaotique et en pleine mutation nous amène à filtrer encore davantage les données qui nous parviennent : nous pouvons aisément ignorer les opinions contraires aux nôtres, ce qui renforce la polarisation. Dans le même temps, les communautés réécrivent et réinterprètent leur passé, leur présent et leur futur, ce qui leur donne un sentiment de contrôle et d’autonomie. Ainsi, l’intelligence émotionnelle (IE) revêt une importance croissante à l’heure où nos identités se diversifient et où la défiance gagne du terrain.

Impact sur le design | « C’est là que le surréalisme intervient. Le design s’inscrit dans un contexte traditionnel mais prend des formes futuristes, explique Julie Yonehara. Nous ne tirons pas un trait sur le passé, nous le réinterprétons. Les designers font apparaître explicitement les intentions humaines et le rejet des algorithmes. »

Les designers se nourrissent des différences et se concentrent sur les détails qui permettent aux divers éléments de former un tout. Cette approche se traduit par des configurations modulaires et une discordance délibérée. Il ne s’agit pas d’adopter une perspective holistique, mais de célébrer la dimension humaine du design en agrégeant des matériaux et en combinant les motifs et les textures.

Exemples

  • Nike a transformé une église en terrain de basket
  • Arthur Hoffner, artiste et designer parisien, met en valeur les éléments qui, assemblés, forment un tout
  • En Chine, l’exposition « True Me » se penche sur la représentation de soi

NATUREL VS. ARTIFICIEL

La frontière entre le naturel et l’artificiel tend à s’effacer. Notre écosystème en témoigne : certains animaux de la jungle ont adopté un mode de vie nocturne pour éviter d’entrer en contact avec les êtres humains. L’usage et l’acceptation des OGM devient la norme dans un monde qui devra nourrir 7,8 milliards de personnes d’ici 2020. Nous optimisons notre santé en modifiant notre génome dans le but de guérir le cancer ou de combattre les maladies génétiques. Nous développons des sens artificiels : certaines prothèses sont ainsi capables de ressentir la pression ainsi que la douleur, un mécanisme biologique nécessaire à la survie.

« Dans la mesure où il ne reste plus aucune zone sur le globe qui n’ait été affectée par l’activité humaine, il est légitime de se demander ce qu’est l’authenticité, souligne Cherie Johnson. La définition de ce terme a évolué. Aujourd’hui, il fait référence à l’expression personnelle. »

Impact sur le design | En termes d’esthétique, Cherie Johnson et Julie Yonehara observent une tension entre le naturel et l’artificiel. Il s’agit d’une sorte d’éco-brutalisme : des formes robustes caractérisées par la précision et l’absence de fioritures. Il existe une volonté de reproduire des matières premières telles que le bois ou la pierre dans le but de créer une expérience humaine plus satisfaisante. La palette se compose de finitions intégrant cette dualité (impression numérique sur cuir, placage teinté, etc.), avec des motifs qui réinterprètent la nature en combinant éléments naturels et artificiels.

Exemples

DÉPENDANCE À LA TECHNOLOGIE

Aujourd’hui, nous passons un temps considérable – près de onze heures par jour pour un Américain moyen – devant divers types d’écrans. Nous entretenons un lien étroit avec les données que nous consommons. Si à ce jour, les écrans limitent encore nos interactions avec notre environnement, cela ne sera bientôt plus le cas : les outils technologiques nous renseignent de plus en plus sur la manière dont nous occupons notre temps. Ainsi, le dernier iOS d’Apple nous indique à quelle fréquence et à quelles fins nous utilisons notre téléphone.

Notre rapport à la technologie et notre dépendance vis-à-vis d’elle augmentent avec son perfectionnement. Depuis 2016, le taux d’erreur de la reconnaissance vocale est passé de 8,5 à
4,9 %. Cette technique est désormais trois fois plus rapide que la saisie sur clavier. De même, depuis 2010, le taux d’erreur de la reconnaissance de formes a chuté de 30 à 4 % environ (HBR). Ces progrès, qui s’accompagnent d’une fusion du virtuel et du réel, font évoluer nos comportements, nous rendant plus ouverts aux nouvelles technologies.

Impact sur le design | « Les contenus numériques possèdent désormais une dimension plus tangible, indique Cherie Johnson. Il ne s’agit plus de consommer passivement ce qui apparaît sur nos écrans, mais d’interagir avec la technologie. Les nouveaux outils sont adoptés de plus en plus vite, ce qui influence le design de nos espaces. »

Cette accélération sera mise en évidence par la fusion entre environnements et expériences sensorielles fondées sur la technologie. La réalité augmentée et la réalité virtuelle ajouteront des strates invisibles à nos espaces. Les objets qui nous entourent seront à la fois numériques et artisanaux. La palette et les motifs proposeront une superposition surréaliste de matériaux composée de filtres, de revêtements et de dégradés de textures et de couleurs. Les compositions comprennent une grande variété d’éléments, des sons discrets aux surfaces sensorielles en passant par les garnitures rembourrées.

Exemples

« En 2019, notre rapport à la technologie bouleversera nos sensations, nos espaces de travail et notre manière de
travailler », affirme Julie Yonehara.

« Comprendre l’origine de ces changements nous permet d’avoir une longueur d’avance en matière de design des espaces de travail et de répondre aux nouveaux besoins des individus avant même qu’ils ne les aient identifiés. »

Laissez un commentaire

Histoires similaires

Les données au service de l’expérience employé : entretien avec Brandon Buckingham

Les espaces de travail « smart + connected » visent à fluidifier les déplacements, à libérer la créativité et à accroître le bien-être des collaborateurs afin de renforcer leur engagement.

Créer des espaces de travail centrés sur l’humain à l’aide des données

Au Learning + Innovation Center de Munich, l’Étude Workplace Advisor exploite des données en temps réel pour initier le changement.

Espace et technologie stimulent la performance créative

La créativité n’est pas seulement pour les artistes et les musiciens. C’est un processus dans lequel tout le monde peut s’engager.